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Archive for mars 2010

TEUCHI SOBA/YAJIRA SAN

09/03/2009

 

Il y a maintenant un an, je m’étais rendu au Japon avec pour idée de réaliser un article sur les différents types de nouilles que propose le pays. Un an plus tard, cet article est toujours au point mort malgré des interviews enrichissantes réalisées à l’époque.

Je vous propose ici celle de M. et Mme Yajira (les interventions de Mme Yajira sont en italique) qui tiennent un excellent restaurant de Soba traditionnel Wabisuke – http://homepage3.nifty.com/wabisuke – à Ofuna/大船, petite ville se situant à une heure de train de Tokyo. Le restaurant vaut le détour, aussi bien pour le décor destiné à relaxer les employés des entreprises avoisinantes lors de leur pause déjeuner que pour le goût des plats proposés – les Soba, bien sûr, mais aussi les excellents Tempura. M. Yajira a une haute idée du service qu’il propose et réduire ses prix au détriment de la qualité du produit n’est pas la politique de la maison. En période de crise, ce choix est parfois pesant, mais M. Yajira n’a jamais fait dans le conformisme.

Pourriez-vous nous présenter votre restaurant ? Quand l’avez-vous ouvert ? Quel sont les plats qui y sont proposés ?

J’ai ouvert ce restaurant il y a 32 ans. J’ai décidé d’en faire un restaurant de Teuchi Soba/手打ち蕎麦 (littéralement « Soba frappés à la main »).

Qu’est ce qu’on appelle Teuchi Soba ?

C’est ce qu’on est en train de préparer maintenant. Ce ne sont pas des Soba faits avec une machine. On les fabrique intégralement à la main. On les étale à la main, on les coupe à la main…

Mme Yajira : En Japonais, on ne dit pas qu’on prépare/作る des Soba mais qu’on les bat/打つ.

Je me suis donc lancé dans un restaurant spécialisé dans ce type de nouilles. En chemin, je me suis retrouvé dans ce lieu au décor inspirant et je me suis orienté vers la cuisine traditionnelle japonaise. Je suis cette voie depuis 25 ans maintenant.

Le restaurant est une construction traditionnelle de Fukushima qui a été démontée, transportée jusqu’ici et réassemblée. Il suffit de le regarder pour comprendre, mais je tiens à préciser que le bâtiment a été intégralement reconstruit avec les matériaux d’origine que ce soit pour le métal ou pour tout autre chose. J’ai choisi ce décor parce que je voulais que les gens qui travaillent dans un bureau généralement fait de béton, pénètrent dans un lieu apaisant au moment du déjeuner. Dans la même optique, j’ai rehaussé le plafond qui était autrefois plus bas. En général, les Japonais habitent dans des habitations basses de plafond. Je me suis dit que mes clients se sentiraient moins oppressés dans un endroit haut de plafond.

 

On peut dire que vous accordez autant d’importance au cadre dans lequel sont accueillis vos clients qu’à la qualité de la nourriture proposée.

En effet. Concernant la nourriture, j’accorde une importance toute particulière aux ingrédients que j’utilise. Sans produits de qualité, pas de cuisine de qualité. C’est le cas pour les Soba, il faut utiliser des ingrédients de qualité. L’image que je me fais de la cuisine est ainsi : elle doit être simple, elle doit se résumer à quelques mouvements. Il faut se limiter aux seuls gestes utiles, la difficulté étant de pouvoir les reproduire encore et toujours.

Cette approche est-elle nécessaire à la confection de Soba de qualité ?

C’est vrai pour le Soba mais aussi pour tout type de plats. L’important, c’est d’avoir une approche qui convient à ce que l’on prépare.

D’où proviennent les bons ingrédients nécessaires à la confection de vos Soba, conforme à votre approche ?

Même à l’intérieur du Japon, les endroits où pousse un sarrasin de qualité sont rares. On en trouve à Ibaraki ken ou encore à Fukui ken, Hokkaidô. On sélectionne dans ces régions le sarrasin de qualité récolté qu’on va moudre. On utilise la farine ainsi fabriquée. La production nationale de farine comprend une gamme variée de qualité, les prix variant en conséquence. Personnellement, j’ai décidé de n’utiliser que les meilleurs ingrédients.

Deux approches sont possibles : on peut très bien proposer aux gens des Soba à bas prix, préparés avec des ingrédients de mauvaise qualité, ou alors accepter que son produit soit un peu cher, préparé à la main, avec de meilleurs ingrédients. Cette seconde approche n’est-elle pas plus à même de rendre le client heureux ? Personnellement, je le pense.

Aujourd’hui, pour les Japonais, le Soba est un plat qui peut se manger pour 500 ou 600 yens. Mais ici, on refuse la mauvaise qualité. Il nous est donc impossible de proposer des Soba à 500 ou 600 yens.

Pouvez-vous me parler plus en détail de la farine utilisée à la confection des Soba ?

Je n’ai pas de photo sur moi, mais cette farine de sarrasin est faite à base d’une herbe appelée Ine. Le Japon est depuis toujours un pays de culture du riz, mais il existe bien sûr des terrains où la mise en place de rizières est impossible, comme sur le versant des montagnes. Dans ces régions de terrains pauvres, les paysans se sont concentrés sur des plats qu’ils pouvaient préparer à base de farine. C’est ainsi qu’est né le Soba.

Il existe toutes sortes de nouilles au Japon. En quoi diffèrent-elles entre elles ? (ingrédients/préparation)

Les nouilles les plus proches du Soba sont les Udon. Ils sont préparés à base de riz. Mais le Soba a une plus longue histoire. Le « Soba Kebi » date de l’époque Edo. On appelle « Soba Kibi » les soba coupés finement. Ce type de Soba est encore assez jeune. Avant ça, on ne les coupait pas de la même manière. On coupe les Soba finement et tout en longueur depuis environ 200 ans.

Le Soba est fondamentalement différent du Ramen. Le Ramen n’est pas un plat né au Japon, c’est un plat venu de Chine.

Mme Yajira : Le Soba peut être comparé aux galettes bretonnes. Pour préparer ces crêpes, on utilise le sarrasin. Si on entreprenait des recherches, on verrait que le sarrasin a été importé en France depuis le Japon pour être planté dans les zones non fertiles, les sols pauvres.

On ne trouve pas le sarrasin uniquement au Japon. On en trouve aussi au Népal par exemple.

Savez-vous d’où vient le sarrasin à l’origine ?

Moi, en tout cas, je n’en sais rien (rire)

Depuis un certain temps, on trouve de nouveau restaurant de cuisine japonaise en France. Il y a peu encore, ces établissements ne proposaient que des sushis, mais petit à petit, on voit arriver des restaurants proposant des plats plus « populaires ». Pensez vous que le Soba puisse percer en France ? Pensez vous que le goût de ce plat puisse s’exporter facilement ?

Je ne sais pas trop… Le Soba est un plat diététique. On le sert avec du Katsuobushi – une soupe ne contenant pas de graisse. Donc je me dis que ce plat pourrait intéresser ceux qui font attention à leur poids, par exemple. On peut aussi manger les Soba avec une soupe « Shôyu/soja ». Depuis cent ans, le soja est utilisé en guise d’assaisonnement partout dans le monde ; par conséquent, ce plat peut s’exporter.

Aujourd’hui, le Ramen est très populaire à Paris, mais certains pensent que c’est un plat très gras. Le Soba a peut être un bel avenir en France.

Il y a tout de même un problème : le soba ne peut se manger qu’avec des baguettes (rire).

Mme Yajira : Pourquoi ne pas les manger à la fourchette !

Aujourd’hui, les Français maitrisent plutôt bien  les baguettes !

Mme Yajira : La vraie difficulté, c’est la manière de cuire le soba qui demande un véritable apprentissage. Ce n’est pas facile à cuire.

De toute façon, il semble que des ingrédients japonais de qualité soient nécessaires à la préparation des Soba. Ca pourrait être difficile d’en préparer de bons en France.

Peut être, mais même au Japon, certains utilisent des Soba qui ont été fabriqués au Canada. Il y a aussi des gens qui utilisent des Soba fabriqués en Australie. Quoiqu’il en soit, je pense qu’il n’y aurait pas trop de problème pour importer en France les ingrédients nécessaires.

Néanmoins, le sarrasin ne pourrait pas être transporté par bateau, il ne supportait pas la chaleur de l’équateur. C’était pareil autrefois au Japon avec le vin d’Occident. Le voyage en bateau leur était fatal, le vin tournait et on ne pouvait le boire. De même, le sarrasin ne peut être transporté que par avion. C’est vrai que ça serait peut être cher.

L’aventure à l’étranger ne vous tente pas ?

Quand j’avais environ 23 ans, j’ai parcouru l’Amérique Latine en stop pendant un an. Au cours de mon voyage, j’ai réfléchi et j’ai compris que j’étais Japonais et que je ne pouvais vivre à l’étranger. Ce n’est pas un problème pour moi de quitter le Japon, mais pour une courte durée uniquement, pour m’amuser. Il y a quelque chose qui fait que je ne peux pas rester à l’étranger. Le climat, peut être, mais je crois que la plus grosse différence est au niveau humain, dans la manière de ressentir les choses. Dans mes souvenirs, c’était la chose la plus pénible pour moi.

J’ai vu que votre fils travaille avec vous ici. Souhaitez-vous qu’il reprenne l’affaire ?

Je ne saurais dire. Si quelqu’un reprend l’affaire, j’en serais heureux. Si quelqu’un avait la passion nécessaire… Mais je crains que je ne puisse trouver une telle personne. Je me dis que si un de mes employés souhaitait reprendre le restaurant, je le laisserais faire, mais je ne souhaite l’imposer à personne. Si c’est impossible, je le fermerais. Ce restaurant est né de mes mains, il paraitrait logique qu’il meurt avec moi.

Je ne connais pas de parents qui ne souhaitent pas le bonheur de leurs enfants. Je laisserai mon fils reprendre le restaurant à condition qu’il le désire vraiment.

Pourquoi vous êtes- vous lancé dans le Soba ?

Comme je l’ai dit précédemment, ma rencontre avec le Soba s’est faite quand j’avais peut être 12 ans. C’était la première fois que j’en mangeais et je me suis tout de suite dit que ce serait incroyable si je pouvais les préparer moi-même. Par la suite, à l’âge de 25 ans, j’ai redécouvert le Soba en même temps que je décidais de me marier avec ma femme. Il nous fallait trouver de quoi vivre ; c’est là que j’ai pensé au Soba. Mes motivations sont très basiques.

Comme je te l’ai déjà raconté, je suis parti faire de l’auto stop pendant un an. Ce périple était bien sûr dangereux sur bien des plans. Quand je me retrouvais à dormir sur le béton de stations services, je me disais que rien ne m’était impossible. Il m’arrivait de dormir à la belle étoile durant toute une semaine. Ces expériences m’ont fait comprendre qu’avec de l’enthousiasme, je pourrais faire ce que je voulais. C’était une véritable prise de conscience.

Aujourd’hui, 32 ans plus tard, après 32 ans de Soba, je pense pouvoir dire que dans l’ensemble, je ne me suis pas trompé.

Et vous Madame, que pensez-vous de tout ça ? De ce restaurant ? Des Soba ?

Mme Yajira : Le Soba, c’était son rêve à lui. Quand je me suis mariée, je n’avais rien. Mon mari avait été étudiant du département de chimie agricole à l’Université de Tokyo (Tokyo Daigaku/東京大学). Il est unique ! Normalement, après une telle formation, les gens entrent dans de grosses entreprises.  Je trouve ça très bien qu’il ait choisi une autre voie. En règle générale, les Japonais diplômés de telles universités se font employer dans les grandes entreprises de l’archipel et deviennent Seishain (employé avec un contrat le liant à vie à l’entreprise). Mon mari a fait quelque chose de totalement différent. Il a abandonné cette voie. Il a eu le courage de le faire.

Dans ce monde, il y a une propension à la conformité que beaucoup partagent. Pour moi, elle n’a pas de sens. Je me suis toujours dit que je voulais suivre ma voie, aller là où j’avais envie d’aller. Je ne me suis jamais dit « parce que les autres le font, je devrais faire pareil ».

Mama : Cette façon conformiste de vivre sa vie est très Japonaise.

Je ne pense pas que ce soit tellement différent chez les Français qui intègrent, par exemple, des grandes écoles.

Les gens qui pensent ainsi, qui décident de suivre leur propre voie sont peu nombreux au Japon. Si on attache de l’importance à quelque chose en particulier, autant suivre cette voie. C’est peut être mon côté Dandy qui me fait dire ça (rire).

Les gens qui viennent manger ici sont plutôt des travailleurs en pause déjeuner ? Le restaurant a-t-il aussi une clientèle en soirée ?

Aujourd’hui, avec la crise économique, les Japonais ont peur, ils deviennent prudents et dépensent très peu. Par conséquent, il y a très peu de clients ici le soir. Le midi, on n’a pas trop de problème.

Aujourd’hui, les clients préfèrent peut être les restaurants où l’on peut manger le midi pour 500 ou 600 yens, mais je suis heureux d’avoir des clients qui continuent à venir ici, parce qu’ils savent ce qu’il y a dans leur assiette. C’est difficile parce quand on utilise des ingrédients de qualité, il faut des clients capables de le comprendre et de l’apprécier.

Les restaurants qui proposent des plats bons marchés n’offrent pas de « Teuchi Soba » ? Les restaurants qui préparent encore les Soba de cette manière sont-ils rares au Japon ?

Nous ne sommes pas si nombreux. Je pense que si on faisait une enquête sur les restaurants de Soba, ils seraient environ 10% ; probablement parce que cette manière de faire est fatigante pour le corps. Le cuisinier peut préparer des Soba pour 15 personnes à la fois, mais ça demande 30 vraies minutes de travail physique. A la cinquième ou sixième fournée, on commence à avoir mal au dos. Ce travail est dur pour les vieux – donc pour moi-même (rire). C’est pour ça que si mon fils n’était pas là pour préparer les Soba, je pense que j’arrêterais.

Il y a par ailleurs beaucoup de gens qui ont dû mettre la clé sous la porte parce qu’ils n’étaient plus en mesure de payer le loyer du restaurant.

Il y a 20 ans, le risque était faible quand on se lançait dans la restauration. Mais je pense que dans la situation actuelle, peu oseront ouvrir leur magasin. Les Family Restaurant peuvent baisser leurs prix mais dans mon restaurant, ça n’aurait aucun sens. Ca demande de l’expérience, un goût de la table de savoir apprécier la saveur et la qualité des aliments. Mais je comprends tout à fait que quand on n’a pas le choix, il est naturel de se rabattre sur des restaurants meilleurs marchés. Je pense néanmoins que ceux qui connaissent uniquement le goût des produits bon marchés, ne peuvent pas apprécier les produits de meilleure qualité. C’est pour ça que je tiens à continuer à offrir de bons plats, même si c’est en faible quantité.

Cette table est ravissante.

J’ai fait venir le bois d’Afrique. J’ai tout construit de mes propres mains. J’ai choisi les matériaux. Mes plateaux sur lesquels sont servis les Soba, je les ai construits il y a 32 ans. Si je prends l’exemple du plastique, c’est très joli au début mais ça devient vite sale à force d’être utilisé. Mais ce bois par exemple, ou les matériaux de qualité vieillissent bien. J’aurais pu construire cette table en coupant une planche de vinyle mais quel ennui ! Avec ce bois, j’obtiens une atmosphère plus naturelle. J’espère que les gens apprécient le résultat.

Mme Yajira : Ce plateau sur lequel sont servis vos Soba a été construit avec des matériaux laissés de côté lorsqu’on a déplacé et reconstruit le restaurant. C’est pour ça qu’ils ont duré ainsi durant 32 ans. Mais le bois provient d’une ferme de plus de 200 ans.

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CHRISTIAN HUGON/SALARY MAN FRANCAIS AU JAPON

7 mars 2010

 

J’ai connu Christian alors qu’il était étudiant à l’IEP de Grenoble. Il a quitté la France pour le Japon une année avant moi. C’est un peu mon Senpai et son expérience m’a sans doute aidé à franchir moi-même le pas. C’est donc en toute confiance que je lui demande de me décrire l’univers d’une grosse société japonaise. Avec quatre ans d’expérience, il a eu le temps de sentir les choses et de porter un regard avisé sur son environnement de travail.

Ce que Christian n’a pas pris le temps de préciser – le sujet ne s’y prêtant pas – c’est qu’il a su tirer avantage du secteur dans lequel évolue son entreprise pour lui-même se lancer dans la photographie. Certaines photos que vous trouverez sur ce site sont signées Christian Hugon. Rarement les plus mauvaises…

Peux-tu te présenter brièvement ? Nom/Age/Société (facultatif)/Etude/Niveau de japonais

Je m’appelle Christian, j’ai bientôt 28 ans, je travaille au siège d’un des principaux fabricants d’appareils photos japonais, au centre de R&D des appareils photos reflex numériques. J’ai  d’abord étudié à Sciences-Po Grenoble, cursus au cours duquel  j’ai pu faire un an d’étude au Japon, à Fukuoka. Cela m’a permis de découvrir le Japon et m’a donné envie de revenir pour cette fois relever le défi d’y travailler, si possible dans une société japonaise.

Dans ce but, j’ai choisi de faire un master  spécialisé dans le management franco-japonais (Université de Rennes), programme avec lequel je suis retourné au Japon et qui m’a donné l’opportunité de faire un stage de longue durée au siège de ce fabricant d appareils photos.

J ai obtenu le 1er niveau du « Japanese Language Proficiency  Test » en 2009. Mon niveau de japonais est encore loin d’être parfait, mais il est suffisant pour vivre quotidiennement au Japon sans réelle difficulté et pour travailler normalement en japonais au sein de ma division.

Depuis combien de temps travailles-tu pour une société japonaise ?

J’ai commencé par  faire un stage de 8 mois dans le service marketing des reflex numériques, avant d’être embauché à l’issue de mon stage au service d’information technique du centre de R&D des reflex numériques. Je viens d’entamer ma 3e année de contrat. Au total, je travaille depuis presque quatre ans pour cette société.

Le rythme de travail est il soutenu ?

Etant employé par une grande société et surtout, ayant eu la chance de travailler à la fois dans le secteur « administratif » et dans le secteur R&D, j’ai pu constater que la question du rythme de travail dépend beaucoup de la façon dont fonctionne chaque service. Le rythme et la longueur des journées de travail peuvent varier très sensiblement au sein de la même société.

L’image des Japonais faisant de longues journées est en général vraie. Au sein de mon entreprise, le travail commence à 8h30 et se termine officiellement à 17h avec une 1 heure de pause déjeuner, pour une journée « standard » de 7h30. Un certain nombre d’employés, en particulier les employés au statut d’intérimaire  respectent ces horaires. Néanmoins, pour les employés « normaux » en contrat à durée indéterminée, les heures supplémentaires ne sont pas rares, au moins une ou deux fois par semaine, voire tous les jours, parfois jusqu’à 20h ou 22h dans les périodes où les services  sont particulièrement  chargés.

Cependant,  il faut nuancer cette image par le fait que, dans la plupart des grandes sociétés japonaises (beaucoup plus rarement dans les PME), les heures supplémentaires sont payées. Cela permet donc dans certains cas de compléter un salaire de base qui est sinon souvent moins élevé que dans les entreprises occidentales. Les heures supplémentaires font partie de la vie mais aussi du revenu du salaryman japonais.

C’est un système dans lequel les deux parties y trouvent leur compte. L’entreprise peut compter sur les efforts des employés en période de pic d’activité, ces derniers perçoivent en retour un complément de salaire parfois non négligeable (jusqu’à 1000 euros par mois dans certains cas extrêmes). Néanmoins, pour permettre aux  employés d’avoir une vie de famille, mais aussi pour limiter le surcout que représente le paiement des heures supplémentaires, certaines sociétés les interdisent un ou deux jours dans la semaine.

Sans parler de ton statut officiel défini dans ton contrat, te sens tu traité de manière différente du fait que tu n’es pas Japonais ?

Je pense qu’une grande partie de la réponse dépend de la façon dont on se pense en tant qu’étranger au sein de la société et du niveau de japonais.

Tous mes collègues sont Japonais, mon environnement de travail est en japonais, mais ma mission comprend la production et le contrôle de la qualité des manuels  d’instructions et de documents techniques en japonais, anglais,  français et espagnol. Il y a donc  une partie de mon travail que je suis le seul à pouvoir faire, ce qui me donne une certaine autonomie. 

Néanmoins, dans le fonctionnement de mon service, je me soumets aux mêmes règles et je suis traité au quotidien par mes supérieurs de la même façon que mes collègues japonais. C’est un souhait personnel, même  si du simple fait de la différence d’expérience, ou encore de la langue, j’ai, dans certains cas, besoin que l’on m explique plus précisément certaines choses.

J’essaie de maintenir un équilibre entre me mettre sur le même plan et faire le même travail que mes collègues japonais, et apporter ma vision d’étranger qui peut être un plus dans les missions confiées à mon service. Si l’on m avait embauché pour faire exactement le même travail qu’un japonais,  un japonais ferait évidemment mieux et plus efficacement le travail demandé.

Au niveau contractuel, sous quel statut es tu employé ? Est ce un statut particulier aux étrangers ? Quelles sont les avantages et désavantages d’un tel statut ?

Dans ma société,  les étrangers sont employés avec un contrat « employé spécialisé ». C est un type de contrat qui est appliqué aussi à des employés japonais ayant des qualifications particulières, et n’est donc pas réservé exclusivement aux étrangers.

Les conditions (paiement des heures supplémentaires, d’un bonus 2 fois par an, assurance, retraite, etc.) sont les mêmes que pour les employés « normaux », mais  le contrat doit être renouvelé tous les ans, par agrément mutuel avec son supérieur. La progression salariale fait aussi appel à un système différent, et  on ne peut ni demander de mutation interne ni être promu à un poste d’encadrement. Cette absence de réelle perspective de carrière explique que souvent les employés étrangers quittent l’entreprise après un certain nombre d’années.

Te sens tu pleinement intégré à l’entreprise qui t’emploie ?

Oui, malgré les limitations décrites ci-dessus au niveau des ressources humaines et des perspectives de carrière. Au quotidien, je suis intégré au fonctionnement du service, aux réunions, etc. sur le même plan que mes collègues.

Tes collègues sont ils tous Japonais ou es tu aussi entouré d’étrangers ?

Tous mes collègues sont japonais et je suis le seul étranger à mon étage du bâtiment, mais dans les divisions environnantes il y a une vingtaine d’étrangers parmi les 5000 employés que compte le siège de la société.

Que penses-tu de l’ambiance dans ton service ? Si tu as déjà eu une expérience professionnelle en France, l’atmosphère du bureau te parait-elle différente ?

Mon travail actuel est mon premier vrai emploi, je n’ai pas d’expérience professionnelle de longue durée en France. Ceci étant, à travers les stages que j’ai pu faire lors de mes études et des discussions que j’ai parfois avec des amis travaillant dans des sociétés de taille équivalente en France,  j’ai tendance à penser que l’atmosphère n’est surement pas très différente.

Je qualifierais  l’ambiance d’extrêmement normale pour une grande entreprise, avec ses bons et mauvais cotés : amitiés, mais aussi rivalités personnelles et bruits de couloirs. Dans mon service, s’il m’est rarement arrivé de voir mes collègues individuellement  en dehors du travail le soir ou le week-end, nous allons régulièrement (5 ou 6 fois par an) manger au restaurant tous ensemble pour célébrer l’anniversaire de l’un des membres du service ou la fin d’un projet.

Le japonais est il nécessaire pour évoluer dans l’environnement de ton bureau ?

Oui, même en ayant des qualifications extrêmement pointues, je pense que le japonais est nécessaire dans l’environnement du bureau car les japonais n’ont en général qu’une connaissance assez superficielle de l’anglais. Certains comprennent très bien mais peu peuvent le parler à un niveau professionnel.

Participes-tu à la vie d’entreprise en dehors du bureau ? (sorties entre collègue/activités sportives proposées par la société…)

Oui, je fais partie du club de tennis de table de ma société et j’essaie parfois d’organiser des sorties avec mes collègues.  Faire partie du club de tennis de table est une des meilleures décisions que j ai prise car c’est là où j’ai réellement pu lier des liens d’amitié avec d’autres employés japonais. Il est difficile de devenir réellement ami avec ses collègues car les japonais ont tendance à séparer assez nettement la vie dans l’entreprise et la vie en dehors de l’entreprise. Le club de tennis de table m’a permis de m’intégrer et de créer des amitiés avec des japonais, car les services dans lesquels nous évoluons n’ont pas de lien au quotidien. Il est donc plus aisé de se réunir autour d’une passion commune.

Le management dans ton service peut-il être défini comme « japonais » ? Si oui, quelles sont les caractéristiques d’un tel management selon toi ?

Oui, le management de mon service et de la société, notamment au niveau des ressources humaines,  est « japonais ». Les entreprises japonaises elles-mêmes ainsi que les théories managériales occidentales ont été assez promptes à clamer la fin de l’emploi à vie  (Les emplois  « intérimaires » représentent  aujourd’hui autour d’un tiers de la population active japonaise et ce sont ces employés plus précaires qui ont fait les frais de la crise économique). Cependant, pour les grandes sociétés, ce principe est encore la norme en pratique. Une fois entrés dans une grande société comme employé « normal », à durée indéterminée, après leurs études, les employés japonais changent rarement d’entreprise. C’est d’ailleurs assez mal vu de changer d’emploi plus d’une ou deux fois dans une carrière.

Les entreprises japonaises sont conscientes de leur rôle social. Elles sont aussi des marqueurs de statut social individuel (tout comme le prestige de l’université). Pour ces raisons, licencier une personne sous-performante n est souvent pas une option.

Par conséquent, un employé en contrat à durée indéterminée n’a aucune de raison de craindre pour son emploi, et la pression vient plutôt de la compétition interne pour  essayer de se distinguer et, si possible,  progresser un peu plus vite que les autres dans la hiérarchie. L’avancement reste en partie lié à l’âge et à l’ancienneté mais, à expérience égale, les différences de carrière peuvent être marquées. Les employés au meilleur potentiel, parfois après de longues années d’attente, se voient offrir des postes plus intéressants et une carrière plus prestigieuse.

Est-il difficile pour un étranger de s’acclimater au mode de fonctionnement d’une entreprise japonaise ?

Là aussi, tout dépend du niveau de japonais et du travail demandé je pense.  Dans mon cas j’ai la chance d’avoir un travail me laissant une certaine autonomie et surtout un manager et des collègues très compréhensifs, qui apprécient mon travail et mon rôle dans l’équipe. J’ai  fait des efforts d’intégration au début, pour progresser en japonais, et surtout pour comprendre le fonctionnement et les différents aspects du travail du service. Si le manager est ouvert à la présence d’un étranger dans son équipe et qu’en retour la motivation pour s’adapter est là, que l’on reste positif, l’intégration ne pose pas vraiment de problème.

Ce serait sûrement plus difficile si mon travail était exactement le même que celui d’un japonais car dans ce cas la comparaison serait directe et du fait des difficultés et des lenteurs liées à la langue, elle ne pourrait être que défavorable.

Par ailleurs, comme le management d’une entreprise japonaise est très différent d’une entreprise occidentale, il faut aussi faire attention à ne pas avoir d’attentes démesurées, notamment au niveau des responsabilités  ou des projets que l’on se voit confier. Les projets sont très rarement menés de façon individuelle et les taches tout comme les responsabilités sont en général reparties entre plusieurs membres du service ou même coordonnées entre plusieurs services.

La présence d’un étranger dans un service peut-elle engendrer un malaise chez ses collègues japonais ?

Non, je ne pense pas que le fait d’être étranger, en tant que tel, puisse créer un malaise. Les japonais sont, en général, assez accueillants, voire curieux, au moins au premier abord. Néanmoins, tout dépend du niveau de japonais et de la volonté de s’adapter à l’environnement et à la façon de faire des japonais.

Que penses-tu avoir gagné de ton expérience au sein d’une entreprise japonaise ?

En travaillant au Japon et dans une entreprise japonaise,  je pense avant tout avoir gagné une expérience en tant que telle, non seulement une expérience professionnelle mais aussi une expérience humaine, mais il est un peu difficile de faire le point alors que je suis encore au Japon.

Au niveau professionnel, au delà des connaissances et du savoir-faire technique et photographique acquis, la capacité d’adaptation à des environnements de travail particuliers, à des taches variées, et surtout une compréhension profonde de la façon de fonctionner d’une entreprise japonaise sont surement des atouts qui m’aideront à m’adapter, quelque soit la société ou le pays dans lesquels je poursuivrai ma carrière dans le futur.

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SUHYUN/COREENNE AU JAPON

 1er Mars 2010

 

Su est une bonne amie que j’ai rencontrée lorsque je suivais des cours de japonais à Kyoto. Regardez sa photo, elle ne ment pas. C’est une fille pétillante, pleine de vie. J’avais envie de savoir comment elle s’adapterait à la vie dans une entreprise japonaise, sans pour autant me faire trop de souci pour elle. Elle semble heureuse et bien intégrée. C’est toujours plus facile quand on sait être positif. 

Je me suis lancé dans une série d’interviews d’étrangers au Japon, travaillant pour la plupart. Il n’y a pas meilleure école que celle de l’entreprise pour qui souhaite percer les secrets d’un pays étranger.

 

Can you briefly introduce yourself? Name/Age/Name of your employer/Education/Japanese level

My name is Suhyun Park, I’m from Korea. I work at NPO.FREEDOM. My major was English litterature in University.

I think I can speak Japanese quite well, but frankly,I cannot write and read Japanese Kanji.

For how long have you been working for a Japanese company?

I have been working for 2 and a half years.

When I first came to Japan, I could not speak Japanese at all, so I needed to go to Japanese language school.

Also I needed accommodation near the school. My boss was my apartment landlord at that time. then he gave me a job and helped me settle in Japan. I was lucky.

Do you feel like you are treated in a different way compared to your coworkers at work because you are a non-Japanese?

My company is small. There are 6 people excluding part-time workers.  Our company designate specific duties to individuals, thus we don’t intervene with one another. I don’t think I am treated any differently because I am a foreigner. but when my boss talks to me, he speaks slowly using simple vocabulary, so I guess a bit.

Under which type of contract have you been hired? Is it a contract targeting non-Japanese or is it the same as your Japanese coworkers? What are the advantages and disadvantages of such a contract?

To be honest, I was going to continue my studies at the school, but I missed the deadline for the application. That is when my boss offered me my current job. But I never thought that I would continue to work till now so I never had a chance to seriously discuss my salary. Although I would not mind getting a raise, in comparison to other Japanese co-workers, my work load or pay is not any different. Thus I am quite satisfied at my current state. Also, I do receive some annual raise.

Do you feel like you are totally part of your company? That you have been fully integrated?

This is my first social work-life, so I don’t know how it feels to be fully integrated exactly.

I am easy going but I think many Japanese aren’t .We may seem close, but for a long time I didn’t even know if my boss is married. However I think this is cultural difference, and I never felt like I was being put aside.

Are your colleagues Japanese? Or do you also work with other foreigners?

Yes, they are all Japanese except myself.

What do you think about this atmosphere of your office/of the place you work? If you had a working experience in your home country, in which way working in a Japanese company can be different?

I never had a chance to work in Korea so I can’t really compare, but I am quite satisfied with the atmosphere I currently work in. However, due to the nature of Korean culture, I would assume that the working environment in Korea is more intimate. The co-workers probably discussed personal problems or concerns without hesitation. Japanese people honour each others privacy very much so it would be lot harder to maintain a close relationship in comparison with a Korean work environment.

Is Japanese required for your job?

Our company needs employees who can speak foreign languages. Although Japanese is required to communicate with my colleagues, my Korean and English are highly valued.

Do you have social interactions with your coworkers outside the office? (parties/Karaoke/sports…)

Every member of the company including the part-time workers get together at the end of the year to celebrate. Apart from me, all the female workers are in their 40’s or 50’s. So when they go to a popular restaurant or karaoke, they always remember to take me around like I was their daughters. I am very thankful to them because I always have a really good time.

Do you think that the management of the company you work for can be defined as “Japanese”? If yes, what are the particularities of such a management?

Our company is not very big so I cannot say for sure that the management is « Japanese ». My boss even stated that, since the company is not very big, he would be willing to change the management if a good idea comes along.

Do you think it’s hard for a foreigner to get used to working in a Japanese company’s environment? Why?

No, I don’t. Because Japanese are open minded about accepting foreigners who want to work in Japan. Japanese people have a great opinion about different cultures and they are very kind to foreigners.

Do you think that the fact that there is a foreigner working in an office could make the Japanese coworkers uncomfortable?

Yes, when I don’t understand what they are saying properly, they have to explain it again, and I do feel bad about that.

What do you think you gained from working in a Japanese company?

From working in Japanese company, I got an opportunity to build a career in Japan. At the same time, my Japanese and my understanding of the Japanese culture improved. Thanks to that, I am now able to meet new people, not only Japanese but also people from around the world.

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