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Archive for août 2010

FLORENT GORGES

Janvier 2009

 

Enseigner le français dans les écoles au Japon, devenir la mascotte d’un établissement entier, organiser des activités de club et faire naitre des vocations au sein de la jeunesse nippone, ça fait rêver. Pour beaucoup de Français, le programme JET (pour plus de renseignements, lire http://jetaafrance.typepad.com/jet/2009/09/index.html) c’est ça, et ils n’ont pas totalement tort. Pour autant, les jobs d’ALT (Assistant Language Teacher/Prof-assistant de langue), ne sont pas les uniques postes à pourvoir. Le programme propose aux futurs participants de devenir CIR (Coordinator for International Relations), position offrant probablement une gamme plus large de missions allant de l’organisation d’événements, à la création de partenariats internationaux. Probablement l’une des meilleures formations pour tous ceux souhaitant assimiler les codes du monde du travail japonais.

Florent Gorges a été CIR durant trois ans dans la ville de Niigata. Ce n’est pas un hasard si, à son retour, il lançait, avec deux amis, la maison d’édition Pix’n Love (http://editionspixnlove.fr/).

 

 

 

Peux-tu te présenter rapidement ?

Je suis Florent Gorges, 29 ans (au moment de l’interview/31 ans aujourd’hui) et né à Dijon avec la passion du Japon. A 17 ans, en 1997, j’ai eu l’opportunité de partir vivre un an dans un lycée japonais et dans une famille d’accueil. Cette expérience d’immersion totale a changé ma vie. Je me destinais à devenir basketteur et je suis finalement devenu interprète/traducteur mais également éditeur. En effet, j’ai monté en 2007 avec deux amis une maison d’édition dédiée aux jeux vidéo (http://editionspixnlove.fr).

Comment en es-tu venu au Programme JET ?

J’ai passé mes diplômes (maîtrise) à l’INALCO et les professeurs nous parlaient des pistes pour aller vivre une expérience originale au Japon par le biais de ce programme. J’ai tenté ma chance, j’ai été pris.

Combien d’années es-tu resté au Japon ?

Au total, j’ai passé un peu plus de 6 ans au Japon, et je continue de vivre entre les deux pays. Mais pour le programme JET, je suis resté 3 ans dans la ville de Niigata, au bord de la mer et à 300km de Tôkyô.

Le programme JET n’était donc pas ta première expérience au Japon.

Non, ma troisième. En effet, après avoir passé un an dans un lycée japonais, j’y suis retourné une nouvelle année en tant que prof de français dans une école de cuisine/pâtisserie. Là encore, c’était une expérience géniale.

Pourquoi le programme JET plutôt qu’un visa vacances-travail, ou un quelconque autre moyen de se rendre au Japon ?

Le Programme JET propose un encadrement des plus sérieux, puisqu’il s’agit carrément du gouvernement japonais ! Le contenu du travail est défini à l’avance et vous ne partez pas vraiment à l’aventure comme avec le visa vacances-travail. C’est une sacrée sécurité, mine de rien, que de partir en sachant où l’on va vraiment. De plus, sur un CV, pouvoir montrer que vous avez travaillé au sein de collectivités locales japonaises, c’est autrement plus gratifiant qu’un travail habituel…

La mission était elle enrichissante pour toi ? J’ai lu certains témoignages faisant état d’une frustration due au fait que les supérieurs japonais étaient peu enclins à laisser les JET monter leurs propres projets.

Cela dépend vraiment des situations. Certains sont logés à de meilleures enseignes que d’autres et c’est un peu le hasard. Mais il faut également savoir que les « projets » sont financés par les collectivités locales qui vous accueillent. Donc il faut parfois savoir rester réaliste et proposer des choses simples. Pour ma part, mes supérieurs me donnaient de lourdes responsabilités et j’étais libre de m’épanouir. Le JET a été extrêmement enrichissant, puisque les travaux que l’on me confiait étaient particulièrement variés.

En quoi constituait ta mission ?

La première année, j’étais chargé de gérer la « francophonie » pour la Coupe du Monde FIFA 2002. Autrement dit, j’accueillais et j’accompagnais les délégations francophones, je traduisais de nombreuses brochures, panneaux, pancartes et j’ai même réalisé les annonces en français dans le shinkansen pendant la durée de la Coupe ! Sinon, les autres années, j’ai fait de nombreuses visites d’écoles dans la région pour parler de la France aux enfants, organisé des cours pour adultes (cuisine, culture) ou encore le Concours de Discours en français de Niigata. Au-delà de ça, je m’occupais aussi d’aider les résidents étrangers de Niigata à bien s’intégrer ou à résoudre leurs problèmes. Sans oublier l’organisation de nombreuses manifestations liées au jumelage de Niigata avec Nantes.

Penses tu que ta présence modifiait l’atmosphère du bureau dans lequel tu évoluais ? Tes collègues japonais se comportaient-ils différemment en ta présence ?

Absolument pas. Dans notre bureau, nous étions cinq JET de cinq nationalités différentes. L’ambiance au bureau était studieuse mais absolument pas pénale. Les JET, par leur bonne humeur (l’une des principales qualités pour devenir JET) mettaient parfois une bonne ambiance et jamais on ne nous a demandé de faire les tâches ingrates du bureau. Nous les faisions, comme nos collègues japonais. Notre présence ne changeait en rien leurs (bonnes) habitudes.

Concrètement, que penses tu avoir apporté au Japon ? A tes collègues ? A toutes les personnes que tu as rencontrées dans ta mission ?

Je pense avoir apporté de la bonne humeur et une image sympathique de la France dans toutes les écoles que j’ai fréquentées. Tous les enfants et les professeurs semblaient ravis de leurs journées passées à découvrir certains traits de cultures, des jeux ou des histoires de mon pays. Sinon, d’innombrables apparitions dans les médias locaux (TV, journaux) dans lesquels je présentais mon pays ou l’Europe ont peut-être permis à la population locale de mieux se familiariser avec l’étranger. Etre un « mini-ambassadeur », c’est une chance incroyable et j’ai vraiment adoré jouer ce rôle.

Qu’est ce qu’apporte l’expérience JET au participant, concrètement ?

Une ouverture d’esprit, un contact plus facile et de nombreuses compétences très utiles aujourd’hui. Par exemple, les us et coutumes dans le monde du travail à la japonaise. Les Japonais et les Français n’ont pas du tout les mêmes habitudes de travail ou de contact lorsqu’il s’agit de business. Avoir travaillé pour le JET pendant 3 ans m’a permis de mieux appréhender ce monde si particulier.

Si tu avais envie d’ajouter quoique ce soit sur le programme JET, je suis tout ouïe.

Désolé, je ne vois pas. ^^

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HATANO SENSEI

Janvier 2010

  

M. Hatano est professeur dans un collège public au Japon. Il ne connait donc pas directement le monde du soutien scolaire, des Juku, mais en tant qu’éducateur, il a un avis légitime sur la question. Sans condamner ces cours du soir, il note que le système des examens d’entrée à l’école et à l’université qui les a faits naître n’a rien d’épanouissant.

Les Juku sont des établissements de soutien scolaire ou de perfectionnement pour les élèves désirant préparer de la meilleure manière possible les examens d’entrée à l’Université, mais aussi de plus en plus à l’école primaire, au collège et au lycée. Les Juku sont aussi des laboratoires où sont expérimentées des méthodes pédagogiques parallèles, réputées plus à l’écoute des besoins particuliers des élèves.

Pourriez-vous vous présenter ?

Je m’appelle Jun Hatano. Je suis professeur de physique dans la ville de Kôfu. J’ai 26 ans d’enseignement derrière moi.

Kôfu, avec ses 200 000 habitants, est la ville principale de la préfecture de Yamanashi. Le collège dans lequel je travaille est le plus petit de Kôfu.

Dans le Japon d’aujourd’hui, la norme est d’avoir des classes de 35 élèves et cette tendance est à la hausse. Parmi les élèves de première année de collège, on sent aussi que les phénomènes d’absentéisme ainsi que de persécution d’un membre de la classe par les autres (Ijime/いじめ) sont de plus en plus communs. En réponse à ces problèmes, les autorités de Kôfu ont décidé, depuis l’année dernière, de réduire le nombre d’élèves par classe à 30.

En moyenne, combien d’élèves de chacune de vos classes participent à un Juku (soutien scolaire du soir/cours particuliers) ?

Je dirais qu’environ la moitié des élèves de mon établissement se rendent au Juku. Je pense que ce chiffre est un peu inférieur à la moyenne de la ville de Kôfu.

Le nombre d’élèves se rendant au Juku varie-t-il en fonction de leur inscription dans un établissement public ou privé ?

A Kôfu, il existe dix établissements publics dépendants de la ville, un établissement public rattaché à l’Université nationale et enfin trois écoles privées. On peut dire que plus le niveau de l’école à laquelle les élèves sont inscrits est élevé, plus ils auront tendance à  se rendre à un Juku.

Des élèves semblent penser que les cours dispensés dans les Juku sont plus intéressants que ceux de leur établissement scolaire. Pourquoi selon vous ? En quoi le Juku se différencie-t-il de l’école ?

Le Juku est un établissement où l’on se rend pour se perfectionner. Par conséquent, les élèves sont en général regroupés par classes de niveau. De leur côté, les collèges publics sont organisés de telle  sorte qu’ils proposent un niveau moyen, homogène, abordable pour tous. Ainsi, on peut trouver dans une même classe des élèves pouvant obtenir 450 points sur 500 comme des élèves ne dépassant pas les 100 points. L’école étant un lieu d’enseignement où chaque élève d’une classe doit pouvoir comprendre la leçon, nous nous devons de travailler et d’enseigner dans ce sens là.

Concernant la physique, nous faisons des expériences et de l’observation à l’école. Ce n’est pas du tout la même approche dans les Juku. Je pense donc que les élèves préférant l’enseignement dispensé dans les écoles sont nombreux.

A trop étudier dans les Juku, n’y a-t-il pas un risque pour les élèves de considérer l’école comme inutile, avec la perte de concentration que ce constat peut entrainer ?

A l’école, les professeurs ne ciblent pas une partie de la classe seulement, mais font en sorte que le message passe auprès de tous. Par conséquent, je ne pense pas que le Juku du soir ait une quelconque incidence sur la concentration des élèves.

Le Juku et l’école peuvent ils devenir deux éléments complémentaires du système éducatif japonais ?

Je pense que l’école et le Juku peuvent aller de pair pour permettre aux élèves de réussir. Il est parfois difficile à l’école de tout faire comprendre aux élèves. Le système pourrait être intéressant à partir du moment où le Juku aide les élèves dépassés à l’école à comprendre.

Les enfants/adolescents ont-ils besoin de temps pour se divertir ?

Je pense qu’il est nécessaire que les enfants aient du temps pour s’amuser. Ceci implique que « s’amuser » soit synonyme d’« activité créatrice ». Je pense tout particulièrement que les enfants  devraient se dépenser intensément à l’extérieur. Malheureusement aujourd’hui, les enfants restent à la maison pour jouer aux jeux vidéo.

Les bons élèves ne sont ils pas plus enclins à s’épanouir dans une classe de Juku répondant plus à leurs attentes en termes de niveau ?

Comme je déjà l’ai dit, l’enseignement à l’école ne vise pas à répondre aux attentes de quelques élèves, mais à celles de tous. L’enseignement dispensé repose beaucoup sur la découverte. Par conséquent, je ne pense pas que les élèves ayant un bon niveau se désintéressent de l’école.

Par ailleurs, le but recherché par l’école n’est pas seulement la réussite aux examens, mais aussi la recherche de la vérité, des faits scientifiques. Ainsi, elle peut être passionnante.

Le système des Juku est il fortement lié aux tests d’entrée dans les écoles et universités qui jalonnent le parcours de chaque élèves japonais ?

Je pense que la plupart des élèves qui se rendent au Juku, ont pour but d’obtenir de bons résultats aux tests. Par conséquent, si les tests d’entrée dans les écoles n’existaient pas, le nombre d’élèves de Juku diminuerait.

Les Juku coutent cher aux familles. Un système où l’excellence scolaire passe par des cours complémentaires, ne remet-il pas en cause l’égal accès de tous à l’éducation ?

Les professeurs d’école font tout leur possible pour que le fait de ne pouvoir s’inscrire à un juku ne représente pas un handicap.

Les Juku sont ils un élément positif/négatif du système scolaire japonais ?

Je pense que le Juku peut être une bonne chose quand il s’adresse aux élèves dépassés à l’école. Par conséquent, je ne pense pas que le Juku soit une mauvaise chose. Je pense aussi que ces établissements permettent de renforcer la capacité à étudier des élèves.

En revanche, je pense qu’un système uniquement basé sur des tests d’entrée qui se soldent par un échec ou une réussite n’est pas une bonne chose. Il n’est pas bénéfique pour les enfants d’être avant tout jugés sur leur capacité à obtenir des bonnes notes aux examens. Je pense qu’il est nécessaire d’encourager la capacité des élèves à synthétiser un jugement, pour que l’école ne se résume pas à obtenir un nombre de points.

La question n’est pas vraiment de savoir si les Juku sont une bonne chose ou non ; il serait plus intéressant d’avoir une réflexion nationale pour savoir si un système reposant sur les tests d’entrée est positif pour le développement de nos enfants.

En ce qui me concerne, je pense qu’en tant qu’enseignant de collège, il est nécessaire de faire en sorte que ses leçons soient passionnantes. Je me donne de la peine pour ça. Je pense aussi que c’est le rôle du professeur de faire comprendre aux élèves en quoi les études sont importantes.

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