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Archive for the ‘Etranger au Japon’ Category

FLORENT CHAVOUET

10/06/2011

  « Je suis un éternel touriste au Japon ». Il y a fort à parier que les habitants de l’ile de Manabé, dans la préfecture d’Okayama, ne partage pas vraiment ce regard porté par Florent sur lui-même et son travail. Pas après ce qu’il a accompli, pas après avoir su saisir l’essence de cette petite communauté dans un livre à l’humour doux et aux dessins chaleureux.

Florent ne parle peut être pas le japonais (ou pas bien), mais il est pourtant l’auteur de deux livres de dessins sur le Japon – Tokyo Sanpo en 2006 et Manabé Shima en 2010 – qui en disent long sur l’amour qu’il porte à ce pays. Outre la qualité de ces témoignages au crayon de couleur, l’intérêt des deux ouvrages reposent sur la fraicheur non feinte avec laquelle Florent traite ses sujets. Le moteur de cette narration en images, c’est la découverte, la découverte par un jeune Français de la mégalopole japonaise et de son parfait opposé, une ile quasi-déserte de la mer intérieure. Florent nous en dit un peu plus sur le pourquoi du comment.

 

Le projet Tokyo Sanpo est né de ton premier voyage au Japon ?

Non. Tout le monde croit ça, mais, même si je ne le dis pas dans la préface, j’étais déjà allé au Japon avant d’aller à Tokyo pour faire Tokyo Sanpo. C’était alors mon troisième voyage. En revanche, c’était bien la première fois que j’y vivais, que j’y habitais. Ca a été le plus long séjour que j’ai pu faire dans le pays (six mois).

Tes premiers séjours étaient plutôt des voyages de courte durée ?

La première fois, j’étais allé deux semaines à Kobe et Osaka pour rendre visite à des amis. La deuxième fois, c’était avec un copain français. On a fait une sorte de traversée du Japon à vélo. On est parti de Narita pour se rendre à Osaka et entre les deux, on a zigzagué. On est allé du côté de la mer du Japon. On est même allé à Shikoku. Le voyage a durée un peu moins de deux mois. C’était en 2004, on avait gagné une bourse avec la Mairie de Paris : Paris Jeunes Aventures. Ils nous ont financé les deux tiers du projet.

Dans ton projet de l’époque, il y avait déjà l’idée de partir dessiner le Japon ?

Le projet qu’on a proposé à Paris Jeunes Aventures, c’était de refaire la route du Tokaido version moderne. On voulait refaire les 53 stations d’Hiroshige (http://fr.wikipedia.org/wiki/Les_Cinquante-trois_Stations_du_T%C5%8Dkaid%C5%8D). Le pitch, c’était de les parcourir à vélo et de faire un dessin pour chacune des 53 étapes. En fait, les plans ont un peu dévié une fois sur place. On aurait fait cette route en deux ou trois semaines et nous, ce qu’on voulait, c’était simplement découvrir un pays, être à vélo au Japon et voir un maximum de paysages différents. On est allé dans les montagnes du côté de Nagano, du côté Pacifique, du côté Mer du Japon, à Shikoku…

C’est ce voyage qui t’a donné l’idée de dessiner ton expérience japonaise ? Tu avais une idée professionnelle en tête en partant vivre à Tokyo ?

Non, pas du tout. Je savais juste que j’allais avoir un peu de temps. Quand j’ai débarqué à Tokyo pour six mois, j’étais avec ma copine. Elle avait un boulot. Pour elle, tout était carré. De mon côté, j’avais espoir de trouver un petit job, pour pouvoir l’aider financièrement.

Tu es parti avec le visa Vacances-Travail ?

Oui. Mais une fois sur place, je n’ai pas trouvé de boulot. J’ai fait tous les cafés français, mais je n’avais pas le niveau de japonais requis pour servir. Donc finalement, je me suis dit que j’allais mettre tout ce temps libre à contribution et je me suis fixé comme objectif de réaliser un dessin par jour à Tokyo. Je m’étais fixé des horaires de bureau en quelque sorte. Avec un dessin par jour au minimum, j’en ai rapidement accumulés. Il m’arrivait même de faire deux pages par jour. Du coup, petit à petit, ça a commencé à ressembler à quelque chose. Pas encore un livre pour autant ! Progressivement, je me suis imposé des sujets. Je me disais « tu as dessiné trop d’immeubles, maintenant tu vas t’intéresser aux gens ou tu vas faire des objets…. ». Je commençais à essayer de structurer la chose, même si ça partait encore un peu dans tous les sens. Mais à l’époque, je n’avais aucun contact dans l’édition, je n’avais aucun projet concret.

Au bout de six mois, tu n’étais pas à cours de sujets ? Ca venait encore assez naturellement ?

Si j’étais resté un an, j’en aurais fait le double tout simplement ! Moi, je découvrais la ville, je découvrais Tokyo. Quand je suis là-bas, je suis toujours à m’extasier de tout. Mes sujets, je n’ai pas particulièrement besoin de les chercher.

Le cheminement de Tokyo Sanpo est facile à saisir : tu arrives au Japon, dans la capitale du pays et tu t’émerveilles de tout ce qui t’entoure. Ton inspiration vient de la surprise. Mais pour Manabé Shima, le concept semble différent. Tu sais ce que tu veux avant de partir. Comment as-tu fait pour choisir cet endroit ? C’est très particulier. J’ai habité deux ans au Japon sans jamais en entendre parler…

Ne t’inquiète pas, la majorité des Japonais aussi. Même les habitants de la préfecture d’Okayama où se trouvent l’île ne connaissent pas tous. En fait, j’ai voulu prendre l’exact contre-pied de ce que j’avais fait avec Tokyo Sanpo. Pas dans le dessin, mais dans le thème.

Quand Tokyo Sanpo est sorti et que j’ai commencé à faire des dédicaces, des salons, à rencontrer le public en France, on me posait beaucoup de questions sur le Japon en général et sur Tokyo en particulier. Mais pour moi, Tokyo n’a jamais été ce que j’ai préféré du pays. Je suis très content d’y avoir habité, de l’avoir vu, mais si je devais choisir un endroit où rester au Japon, je ne choisirais pas la capitale. Donc ça m’embêtait un peu de disserter sur cette ville, de raconter Shibuya, Shinjuku, alors qu’en fait, ce n’est pas l’aspect du Japon que je préfère. Je préfère l’aspect plus provincial. Ca vient probablement de mon voyage à vélo. La campagne, les petits villages, les agglomérations de taille moyenne. J’aime apercevoir les montagnes depuis les centres-villes, j’aime quand les ports ressemblent effectivement à des ports. C’est ce que je reproche à Tokyo, il est difficile de voir que c’est un port ! Et puis c’est difficile d’en sortir. Alors que depuis Osaka, qui n’est pourtant pas la plus petite des villes, on est à moins d’une heure de Kyoto, qui a déjà une atmosphère totalement différente.

C’est ce que j’aime dans toute ville et c’est pareil à Paris. Ce que j’aime, c’est de savoir s’il est possible d’en sortir ! Je ne pense pas que ce soit le cas à Tokyo. C’est pour ça que je préfère la campagne. Et quitte à faire un bouquin sur la campagne japonaise, autant y aller à fond. J’avais déjà fait un livre sur la ville et pas la moindre avec Tokyo. Je me suis dit que j’allais traiter de son exact opposé. Face à un espace urbain, vaste, sans début et sans fin, je ne voyais qu’une ile, un milieu petit, clos, avec des frontières bien délimitées.

Pourquoi Manabé ? Tu as googlé « ile déserte japonaise » et c’est sorti ?

Je savais que je voulais aller sur une ile, mais je ne savais pas laquelle et au Japon, il y a plutôt le choix. J’avais des considérations d’ordre technique. Je cherchais quelque chose qui ne soit pas non plus complètement inaccessible pour une question de budget. Le sud du sud d’Okinawa, ce n’était pas faisable ! Du coup, je me suis vite rabattu sur des iles assez proches des côtes.

Pour ce faire, j’ai tout simplement pris une carte du Japon et j’ai repéré les zones à forte concentration d’iles, soit le sud de Kyushu ou alors la mer intérieur. Je me suis rabattu sur la mer intérieure pour des questions d’accessibilité, là encore. Face à la centaine d’iles qui s’offraient à moi, j’ai fonctionné par élimination basée sur certains critères : critères de taille, de densité… Je savais qu’il fallait moins de mille habitants. Au niveau de la taille, je pensais à environ 5 km de long. Et je ne voulais pas une ile connue. Je ne voulais pas atterrir à Miyajima par exemple. Je voulais une ile anonyme. Ce qui ne veut pas dire pour autant trois cabanons qui se courent après, mais plutôt une ile « normale » avec des pêcheurs, une buvette…

Tu as mis combien de temps pour trancher ?

Un peu moins d’un mois. Le problème, c’est que j’ai commencé à chercher en même temps que j’en parlais à mon éditeur. Je ne pouvais pas encore y retourner par mes propres moyens et puis honnêtement, je ne savais pas si mon scénario, mon idée de base tenaient la route. Elle tenait en tout cas sur un bout de papier. Ca peut être un peu flippant ! Jusqu’au dernier moment, quand j’ai pris le bateau pour Manabé Shima, je n’étais sûr de rien. Je me disais « qu’est ce que je vais trouver là-bas ? ».

Dans un espace aussi inexploré, un peu clos, tu n’as pas eu de problème avec les habitants qui auraient pu se montrer méfiant ?

J’avais un peu peur de ça. J’avais pensé en amont et je m’étais dit que dans le pire des cas, si je n’étais pas bien intégré, si j’étais un peu seul, ça aurait quand même pu faire un sujet. L’idée était la suivante : un jeune Français qui part deux mois sur une ile japonaise complètement paumée et advienne que pourra. Le manque de communication et de liens aurait pu être mon sujet. Ca aurait été dommage, mais ça n’aurait pas été dramatique, seulement révélateur d’une difficulté à s’intégrer dans les campagnes.

Au final, tu as été assez vite intégré ? Tu parlais peut-être mieux le japonais après tes six mois passés à Tokyo ?

Je parlais très moyennement. Je suis très mauvais en langue, mais ce n’est pas une excuse… J’ai fait peu d’efforts à Tokyo et le peu que j’ai appris, je l’ai rapidement oublié. Et puis entre Tokyo en 2006 et Manabé Shima à l’été 2009, il s’est quand même passé trois ans.

Tu n’as pas vécu ça comme un frein à ton projet ? Comment tu faisais pour communiquer avec les habitants de l’ile ? Vous vous compreniez autour d’une bière ?

Oui, c’est à peu près ça. Ils avaient un fort accent. Pas tous, mais dans ce coin là, ils sont de la campagne et en plus, ceux qui viennent te parler sont bien bourrus et déjà à moitié bourrés. Donc même avec un japonais un peu plus performant, je ne suis pas sûr que j’aurais plus compris certaines situations.

Tu as gardé des relations fortes avec les habitants de l’ile ? Tu leur as envoyé ton livre ?

Oui, en plusieurs fois. Ils en ont reçu une quinzaine au départ de mon éditeur. Ensuite, ils en voulaient 80 et là, ils m’en ont demandé 100. J’y suis retourné en plus entre temps. Deux fois. L’été dernier et aussi à la fin de l’hiver en février-mars 2011 pour les voir. Ils m’ont fait une petite fête d’Okaeri (de retour). J’ai pris des nouvelles, je suis retourné à l’hôtel…

Comment ont-ils accueilli le livre ?

Ils étaient très fiers ! Après, ils ne comprennent pas le français, donc ils ne se basent que sur les dessins. J’ai vaguement essayé de leur expliquer. Mais l’important, c’est qu’ils se reconnaissent, qu’ils reconnaissent l’époque durant laquelle j’étais sur l’ile…

Ils sont fiers. Ils ont quand même conscience  que leur petite ile, j’essaie de la valoriser ! L’exode rural a un gros impact au Japon. Certaines iles s’en sortent mieux, elles ne sont pas toutes en train de se vider, mais sur Manabé Shima, il n’y a pas grand-chose à vendre. Il y a l’hôtel avec des touristes qui viennent le weekend et l’été, mais comme c’est tout petit et que le touriste japonais, il lui faut des choses à voir, à boire et à manger… Et comme le touriste étranger n’y va parce qu’il ne connait pas…

Tu sais si ton livre leur a amené un ou deux touristes français ? Des gens qui seraient arrivés le bouquin en main ?

Je sais que quelques Français y sont allés, mais ce sont quelques amis que je connais, donc ça ne compte pas ! En revanche, j’ai fait découvrir l’ile à des Japonais. C’est pour ça que j’aimerais bien que le bouquin soit traduit dans leur langue. Pour le moment, je n’ai pas de piste. Plus que le premier, je préfèrerais voir le deuxième traduit. Sans prétention, je pense pouvoir faire découvrir quelques trucs sur leur pays à des Japonais. Les gens de Tokyo ou Osaka, je ne suis pas sûr qu’ils connaissent vraiment ce Japon là. Je veux leur montrer qu’il y a de petites iles, que ça vaut le coût de s’y intéresser et que les gens sur place ne sont pas des ploucs. Je veux leur montrer que si un étranger peut se rendre dans ces coins là, c’est que finalement, ce n’est pas si nul que ça.

Tu as un troisième projet sur le Japon en cours ?

Non, mais j’y réfléchis beaucoup. Le problème, c’est que depuis la sortie du deuxième, j’ai fait pas mal de dessins de commande… Pour l’édition, j’ai illustré un bouquin pour enfants qui va sortir à l’automne prochain, mais qui n’a rien à voir avec le Japon.

Tes livres reposent sur le décalage du Français au Japon qui est en pleine découverte. Mais tu as encore des choses à découvrir ?

Je suis un éternel touriste au Japon ! Déjà, du fait que je ne parle pas la langue, beaucoup d’aspects me restent difficilement accessibles.

Tu penses que tes livres auraient perdu en qualité si tu avais pu parler le japonais ?

Je ne dirais pas ça. Ca aurait été différent. Ce n’est peut-être pas bien mais je sais que c’est aussi utile de jouer le naïf parfois. On s’est rendu compte de ça avec mon ami avec qui je suis parti à vélo. Quand on allait dans les bouibouis, on était rodé. On faisait semblant de n’avoir jamais goûté du saké pour qu’ils nous en offrent. Les Japonais sont toujours heureux de faire découvrir leurs spécialités. Ils sont touchants pour ça ! Mais il ne faut pas en abuser au risque de revivre les mêmes scènes encore et encore… Gare au surplace !

Pour le coup, il y a une certaine logique dans mes deux premiers ouvrages autour de cette dualité Japon des villes-Japon des champs. Pour un troisième, il faudrait vraiment que je trouve un angle différent pour que ce soit pertinent. Je peux en faire un sur Kyoto, sur Hokkaido, sur Okinawa, sur les montagnes… Mais je ne suis pas sûr d’avoir envie de ça. A un moment, il faut savoir changer, même si je ne suis pas sûr d’en être capable.

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CHRISTIAN HUGON/SALARY MAN FRANCAIS AU JAPON

7 mars 2010

 

J’ai connu Christian alors qu’il était étudiant à l’IEP de Grenoble. Il a quitté la France pour le Japon une année avant moi. C’est un peu mon Senpai et son expérience m’a sans doute aidé à franchir moi-même le pas. C’est donc en toute confiance que je lui demande de me décrire l’univers d’une grosse société japonaise. Avec quatre ans d’expérience, il a eu le temps de sentir les choses et de porter un regard avisé sur son environnement de travail.

Ce que Christian n’a pas pris le temps de préciser – le sujet ne s’y prêtant pas – c’est qu’il a su tirer avantage du secteur dans lequel évolue son entreprise pour lui-même se lancer dans la photographie. Certaines photos que vous trouverez sur ce site sont signées Christian Hugon. Rarement les plus mauvaises…

Peux-tu te présenter brièvement ? Nom/Age/Société (facultatif)/Etude/Niveau de japonais

Je m’appelle Christian, j’ai bientôt 28 ans, je travaille au siège d’un des principaux fabricants d’appareils photos japonais, au centre de R&D des appareils photos reflex numériques. J’ai  d’abord étudié à Sciences-Po Grenoble, cursus au cours duquel  j’ai pu faire un an d’étude au Japon, à Fukuoka. Cela m’a permis de découvrir le Japon et m’a donné envie de revenir pour cette fois relever le défi d’y travailler, si possible dans une société japonaise.

Dans ce but, j’ai choisi de faire un master  spécialisé dans le management franco-japonais (Université de Rennes), programme avec lequel je suis retourné au Japon et qui m’a donné l’opportunité de faire un stage de longue durée au siège de ce fabricant d appareils photos.

J ai obtenu le 1er niveau du « Japanese Language Proficiency  Test » en 2009. Mon niveau de japonais est encore loin d’être parfait, mais il est suffisant pour vivre quotidiennement au Japon sans réelle difficulté et pour travailler normalement en japonais au sein de ma division.

Depuis combien de temps travailles-tu pour une société japonaise ?

J’ai commencé par  faire un stage de 8 mois dans le service marketing des reflex numériques, avant d’être embauché à l’issue de mon stage au service d’information technique du centre de R&D des reflex numériques. Je viens d’entamer ma 3e année de contrat. Au total, je travaille depuis presque quatre ans pour cette société.

Le rythme de travail est il soutenu ?

Etant employé par une grande société et surtout, ayant eu la chance de travailler à la fois dans le secteur « administratif » et dans le secteur R&D, j’ai pu constater que la question du rythme de travail dépend beaucoup de la façon dont fonctionne chaque service. Le rythme et la longueur des journées de travail peuvent varier très sensiblement au sein de la même société.

L’image des Japonais faisant de longues journées est en général vraie. Au sein de mon entreprise, le travail commence à 8h30 et se termine officiellement à 17h avec une 1 heure de pause déjeuner, pour une journée « standard » de 7h30. Un certain nombre d’employés, en particulier les employés au statut d’intérimaire  respectent ces horaires. Néanmoins, pour les employés « normaux » en contrat à durée indéterminée, les heures supplémentaires ne sont pas rares, au moins une ou deux fois par semaine, voire tous les jours, parfois jusqu’à 20h ou 22h dans les périodes où les services  sont particulièrement  chargés.

Cependant,  il faut nuancer cette image par le fait que, dans la plupart des grandes sociétés japonaises (beaucoup plus rarement dans les PME), les heures supplémentaires sont payées. Cela permet donc dans certains cas de compléter un salaire de base qui est sinon souvent moins élevé que dans les entreprises occidentales. Les heures supplémentaires font partie de la vie mais aussi du revenu du salaryman japonais.

C’est un système dans lequel les deux parties y trouvent leur compte. L’entreprise peut compter sur les efforts des employés en période de pic d’activité, ces derniers perçoivent en retour un complément de salaire parfois non négligeable (jusqu’à 1000 euros par mois dans certains cas extrêmes). Néanmoins, pour permettre aux  employés d’avoir une vie de famille, mais aussi pour limiter le surcout que représente le paiement des heures supplémentaires, certaines sociétés les interdisent un ou deux jours dans la semaine.

Sans parler de ton statut officiel défini dans ton contrat, te sens tu traité de manière différente du fait que tu n’es pas Japonais ?

Je pense qu’une grande partie de la réponse dépend de la façon dont on se pense en tant qu’étranger au sein de la société et du niveau de japonais.

Tous mes collègues sont Japonais, mon environnement de travail est en japonais, mais ma mission comprend la production et le contrôle de la qualité des manuels  d’instructions et de documents techniques en japonais, anglais,  français et espagnol. Il y a donc  une partie de mon travail que je suis le seul à pouvoir faire, ce qui me donne une certaine autonomie. 

Néanmoins, dans le fonctionnement de mon service, je me soumets aux mêmes règles et je suis traité au quotidien par mes supérieurs de la même façon que mes collègues japonais. C’est un souhait personnel, même  si du simple fait de la différence d’expérience, ou encore de la langue, j’ai, dans certains cas, besoin que l’on m explique plus précisément certaines choses.

J’essaie de maintenir un équilibre entre me mettre sur le même plan et faire le même travail que mes collègues japonais, et apporter ma vision d’étranger qui peut être un plus dans les missions confiées à mon service. Si l’on m avait embauché pour faire exactement le même travail qu’un japonais,  un japonais ferait évidemment mieux et plus efficacement le travail demandé.

Au niveau contractuel, sous quel statut es tu employé ? Est ce un statut particulier aux étrangers ? Quelles sont les avantages et désavantages d’un tel statut ?

Dans ma société,  les étrangers sont employés avec un contrat « employé spécialisé ». C est un type de contrat qui est appliqué aussi à des employés japonais ayant des qualifications particulières, et n’est donc pas réservé exclusivement aux étrangers.

Les conditions (paiement des heures supplémentaires, d’un bonus 2 fois par an, assurance, retraite, etc.) sont les mêmes que pour les employés « normaux », mais  le contrat doit être renouvelé tous les ans, par agrément mutuel avec son supérieur. La progression salariale fait aussi appel à un système différent, et  on ne peut ni demander de mutation interne ni être promu à un poste d’encadrement. Cette absence de réelle perspective de carrière explique que souvent les employés étrangers quittent l’entreprise après un certain nombre d’années.

Te sens tu pleinement intégré à l’entreprise qui t’emploie ?

Oui, malgré les limitations décrites ci-dessus au niveau des ressources humaines et des perspectives de carrière. Au quotidien, je suis intégré au fonctionnement du service, aux réunions, etc. sur le même plan que mes collègues.

Tes collègues sont ils tous Japonais ou es tu aussi entouré d’étrangers ?

Tous mes collègues sont japonais et je suis le seul étranger à mon étage du bâtiment, mais dans les divisions environnantes il y a une vingtaine d’étrangers parmi les 5000 employés que compte le siège de la société.

Que penses-tu de l’ambiance dans ton service ? Si tu as déjà eu une expérience professionnelle en France, l’atmosphère du bureau te parait-elle différente ?

Mon travail actuel est mon premier vrai emploi, je n’ai pas d’expérience professionnelle de longue durée en France. Ceci étant, à travers les stages que j’ai pu faire lors de mes études et des discussions que j’ai parfois avec des amis travaillant dans des sociétés de taille équivalente en France,  j’ai tendance à penser que l’atmosphère n’est surement pas très différente.

Je qualifierais  l’ambiance d’extrêmement normale pour une grande entreprise, avec ses bons et mauvais cotés : amitiés, mais aussi rivalités personnelles et bruits de couloirs. Dans mon service, s’il m’est rarement arrivé de voir mes collègues individuellement  en dehors du travail le soir ou le week-end, nous allons régulièrement (5 ou 6 fois par an) manger au restaurant tous ensemble pour célébrer l’anniversaire de l’un des membres du service ou la fin d’un projet.

Le japonais est il nécessaire pour évoluer dans l’environnement de ton bureau ?

Oui, même en ayant des qualifications extrêmement pointues, je pense que le japonais est nécessaire dans l’environnement du bureau car les japonais n’ont en général qu’une connaissance assez superficielle de l’anglais. Certains comprennent très bien mais peu peuvent le parler à un niveau professionnel.

Participes-tu à la vie d’entreprise en dehors du bureau ? (sorties entre collègue/activités sportives proposées par la société…)

Oui, je fais partie du club de tennis de table de ma société et j’essaie parfois d’organiser des sorties avec mes collègues.  Faire partie du club de tennis de table est une des meilleures décisions que j ai prise car c’est là où j’ai réellement pu lier des liens d’amitié avec d’autres employés japonais. Il est difficile de devenir réellement ami avec ses collègues car les japonais ont tendance à séparer assez nettement la vie dans l’entreprise et la vie en dehors de l’entreprise. Le club de tennis de table m’a permis de m’intégrer et de créer des amitiés avec des japonais, car les services dans lesquels nous évoluons n’ont pas de lien au quotidien. Il est donc plus aisé de se réunir autour d’une passion commune.

Le management dans ton service peut-il être défini comme « japonais » ? Si oui, quelles sont les caractéristiques d’un tel management selon toi ?

Oui, le management de mon service et de la société, notamment au niveau des ressources humaines,  est « japonais ». Les entreprises japonaises elles-mêmes ainsi que les théories managériales occidentales ont été assez promptes à clamer la fin de l’emploi à vie  (Les emplois  « intérimaires » représentent  aujourd’hui autour d’un tiers de la population active japonaise et ce sont ces employés plus précaires qui ont fait les frais de la crise économique). Cependant, pour les grandes sociétés, ce principe est encore la norme en pratique. Une fois entrés dans une grande société comme employé « normal », à durée indéterminée, après leurs études, les employés japonais changent rarement d’entreprise. C’est d’ailleurs assez mal vu de changer d’emploi plus d’une ou deux fois dans une carrière.

Les entreprises japonaises sont conscientes de leur rôle social. Elles sont aussi des marqueurs de statut social individuel (tout comme le prestige de l’université). Pour ces raisons, licencier une personne sous-performante n est souvent pas une option.

Par conséquent, un employé en contrat à durée indéterminée n’a aucune de raison de craindre pour son emploi, et la pression vient plutôt de la compétition interne pour  essayer de se distinguer et, si possible,  progresser un peu plus vite que les autres dans la hiérarchie. L’avancement reste en partie lié à l’âge et à l’ancienneté mais, à expérience égale, les différences de carrière peuvent être marquées. Les employés au meilleur potentiel, parfois après de longues années d’attente, se voient offrir des postes plus intéressants et une carrière plus prestigieuse.

Est-il difficile pour un étranger de s’acclimater au mode de fonctionnement d’une entreprise japonaise ?

Là aussi, tout dépend du niveau de japonais et du travail demandé je pense.  Dans mon cas j’ai la chance d’avoir un travail me laissant une certaine autonomie et surtout un manager et des collègues très compréhensifs, qui apprécient mon travail et mon rôle dans l’équipe. J’ai  fait des efforts d’intégration au début, pour progresser en japonais, et surtout pour comprendre le fonctionnement et les différents aspects du travail du service. Si le manager est ouvert à la présence d’un étranger dans son équipe et qu’en retour la motivation pour s’adapter est là, que l’on reste positif, l’intégration ne pose pas vraiment de problème.

Ce serait sûrement plus difficile si mon travail était exactement le même que celui d’un japonais car dans ce cas la comparaison serait directe et du fait des difficultés et des lenteurs liées à la langue, elle ne pourrait être que défavorable.

Par ailleurs, comme le management d’une entreprise japonaise est très différent d’une entreprise occidentale, il faut aussi faire attention à ne pas avoir d’attentes démesurées, notamment au niveau des responsabilités  ou des projets que l’on se voit confier. Les projets sont très rarement menés de façon individuelle et les taches tout comme les responsabilités sont en général reparties entre plusieurs membres du service ou même coordonnées entre plusieurs services.

La présence d’un étranger dans un service peut-elle engendrer un malaise chez ses collègues japonais ?

Non, je ne pense pas que le fait d’être étranger, en tant que tel, puisse créer un malaise. Les japonais sont, en général, assez accueillants, voire curieux, au moins au premier abord. Néanmoins, tout dépend du niveau de japonais et de la volonté de s’adapter à l’environnement et à la façon de faire des japonais.

Que penses-tu avoir gagné de ton expérience au sein d’une entreprise japonaise ?

En travaillant au Japon et dans une entreprise japonaise,  je pense avant tout avoir gagné une expérience en tant que telle, non seulement une expérience professionnelle mais aussi une expérience humaine, mais il est un peu difficile de faire le point alors que je suis encore au Japon.

Au niveau professionnel, au delà des connaissances et du savoir-faire technique et photographique acquis, la capacité d’adaptation à des environnements de travail particuliers, à des taches variées, et surtout une compréhension profonde de la façon de fonctionner d’une entreprise japonaise sont surement des atouts qui m’aideront à m’adapter, quelque soit la société ou le pays dans lesquels je poursuivrai ma carrière dans le futur.

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SUHYUN/COREENNE AU JAPON

 1er Mars 2010

 

Su est une bonne amie que j’ai rencontrée lorsque je suivais des cours de japonais à Kyoto. Regardez sa photo, elle ne ment pas. C’est une fille pétillante, pleine de vie. J’avais envie de savoir comment elle s’adapterait à la vie dans une entreprise japonaise, sans pour autant me faire trop de souci pour elle. Elle semble heureuse et bien intégrée. C’est toujours plus facile quand on sait être positif. 

Je me suis lancé dans une série d’interviews d’étrangers au Japon, travaillant pour la plupart. Il n’y a pas meilleure école que celle de l’entreprise pour qui souhaite percer les secrets d’un pays étranger.

 

Can you briefly introduce yourself? Name/Age/Name of your employer/Education/Japanese level

My name is Suhyun Park, I’m from Korea. I work at NPO.FREEDOM. My major was English litterature in University.

I think I can speak Japanese quite well, but frankly,I cannot write and read Japanese Kanji.

For how long have you been working for a Japanese company?

I have been working for 2 and a half years.

When I first came to Japan, I could not speak Japanese at all, so I needed to go to Japanese language school.

Also I needed accommodation near the school. My boss was my apartment landlord at that time. then he gave me a job and helped me settle in Japan. I was lucky.

Do you feel like you are treated in a different way compared to your coworkers at work because you are a non-Japanese?

My company is small. There are 6 people excluding part-time workers.  Our company designate specific duties to individuals, thus we don’t intervene with one another. I don’t think I am treated any differently because I am a foreigner. but when my boss talks to me, he speaks slowly using simple vocabulary, so I guess a bit.

Under which type of contract have you been hired? Is it a contract targeting non-Japanese or is it the same as your Japanese coworkers? What are the advantages and disadvantages of such a contract?

To be honest, I was going to continue my studies at the school, but I missed the deadline for the application. That is when my boss offered me my current job. But I never thought that I would continue to work till now so I never had a chance to seriously discuss my salary. Although I would not mind getting a raise, in comparison to other Japanese co-workers, my work load or pay is not any different. Thus I am quite satisfied at my current state. Also, I do receive some annual raise.

Do you feel like you are totally part of your company? That you have been fully integrated?

This is my first social work-life, so I don’t know how it feels to be fully integrated exactly.

I am easy going but I think many Japanese aren’t .We may seem close, but for a long time I didn’t even know if my boss is married. However I think this is cultural difference, and I never felt like I was being put aside.

Are your colleagues Japanese? Or do you also work with other foreigners?

Yes, they are all Japanese except myself.

What do you think about this atmosphere of your office/of the place you work? If you had a working experience in your home country, in which way working in a Japanese company can be different?

I never had a chance to work in Korea so I can’t really compare, but I am quite satisfied with the atmosphere I currently work in. However, due to the nature of Korean culture, I would assume that the working environment in Korea is more intimate. The co-workers probably discussed personal problems or concerns without hesitation. Japanese people honour each others privacy very much so it would be lot harder to maintain a close relationship in comparison with a Korean work environment.

Is Japanese required for your job?

Our company needs employees who can speak foreign languages. Although Japanese is required to communicate with my colleagues, my Korean and English are highly valued.

Do you have social interactions with your coworkers outside the office? (parties/Karaoke/sports…)

Every member of the company including the part-time workers get together at the end of the year to celebrate. Apart from me, all the female workers are in their 40’s or 50’s. So when they go to a popular restaurant or karaoke, they always remember to take me around like I was their daughters. I am very thankful to them because I always have a really good time.

Do you think that the management of the company you work for can be defined as “Japanese”? If yes, what are the particularities of such a management?

Our company is not very big so I cannot say for sure that the management is « Japanese ». My boss even stated that, since the company is not very big, he would be willing to change the management if a good idea comes along.

Do you think it’s hard for a foreigner to get used to working in a Japanese company’s environment? Why?

No, I don’t. Because Japanese are open minded about accepting foreigners who want to work in Japan. Japanese people have a great opinion about different cultures and they are very kind to foreigners.

Do you think that the fact that there is a foreigner working in an office could make the Japanese coworkers uncomfortable?

Yes, when I don’t understand what they are saying properly, they have to explain it again, and I do feel bad about that.

What do you think you gained from working in a Japanese company?

From working in Japanese company, I got an opportunity to build a career in Japan. At the same time, my Japanese and my understanding of the Japanese culture improved. Thanks to that, I am now able to meet new people, not only Japanese but also people from around the world.

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